Parlons matériel : comparaison Canon 5DIV vs. Sony A7sII

Parlons matériel : comparaison Canon 5DIV vs. Sony A7sII

Parlons matériel

Nous allons comparer le Canon 5DIV et le Sony A7sII du point de vue de nos besoins en photo et vidéo de montagne puisque ces boitiers sont nos outils de travail principaux.

Pierre est équipé du célèbre Alpha 7sII de Sony tandis que je travaille avec le Canon 5DIV. Ces boitiers sont les plus aboutis chacun dans sa famille, on est déjà sur du matos pro et pourtant aucun n’est exempt de défaut.

Notez que tout ce qui va suivre est à mettre en perspective avec l’usage qui est le nôtre, c’est-à-dire d’une petite structure de créations de visuels qui a besoin d’outils polyvalents et robustes sans sacrifier sur la qualité d’image.

Photo tirée du très pratique site www.camerasize.com

Technologie

Je vais vous les présenter selon les thèmes qui nous intéressent le plus, mais voyons d’abord un peu de technique étant donné que ces boitiers ne fonctionnent pas du tout selon les mêmes principes. Leur seul point commun réside dans la taille de leurs capteurs, tous deux équivalents au vieux format de pellicule 24×36, que l’on appelle communément « plein format ».

Canon 5DIV

     Le 5D mark IV est la dernière itération sortie en 2016 d’un boitier très célèbre, puisque c’est avec le 5DII que Canon a révolutionné le monde des vidéastes indépendants en rendant pour la première fois un boitier réflex capable de faire de la vidéo. La nouveauté, c’était la possibilité de faire des images très cinématographiques parce qu’avec une très faible profondeur de champ (beaucoup de flou) avec du matériel à quelques milliers d’euros alors que la moindre caméra professionnelle valait au moins dix fois plus. On comprendra plus tard que cette idée relevait plus du coup de bol que de la stratégie géniale que l’on était en droit d’attendre du leader mondial de la photo, mais on en reparlera.

   Bref, le 5D, c’est du classique. A l’intérieur de l’appareil, un miroir positionné à 45° réfléchit la lumière issue de l’objectif vers un pentaprisme qui dirige le flux optique à travers le viseur jusqu’à l’œil du photographe, c’est le principe de tout appareil réflex.

    L’intérêt du reflex, c’était pendant longtemps la capacité de faire une mise au point très rapide en photo. Les inconvénients de cette technologie étaient essentiellement une mise au point quasi inexploitable en vidéo ainsi qu’un boîtier relativement gros et lourd.

SONY A7SII

   En face, le Sony Alpha 7SII de Pierre, digne représentant d’une technologie qui est en train de faire passer les reflex pour des antiquités. On parle d’hybrides en France, de COI (Compact à Objectifs Interchangeables) ou de DSLM (Digital Single Lens Mirrorless), bref c’est le chantier des dénominations mais ça revient au même, en gros c’est du tout numérique.

   Pas de miroir (la lumière vient directement sur le capteur), pas de viseur optique (quand on met l’œil dans le viseur c’est un écran que l’on voit), et une technologie de mise au point complètement différente des réflex. Pour des raisons marketing et techniques, cette technologie a longtemps été réservée à des boitiers dits « compacts », peu de réglages, pas de possibilité de changer d’objectifs, et équipés de capteurs tout petits associés à des performances globalement faibles qui les cantonnaient au monde amateur.

    Depuis de l’eau a coulé sous les ponts et les hybrides sont (parfois loin) devant les réflex sur bien des points. Les principaux avantages face au réflex sont la petite taille du boitier (plus besoin de miroir ni de pentaprisme) et leur polyvalence entre photo et vidéo (puisqu’ils n’ont qu’une seule technologie de mise au point). Niveau inconvénients on peut citer la capacité des batteries, la propension à vite chauffer et donc à s’arrêter de fonctionner au pire moment, et jusqu’à il y a peu une offre d’objectifs bien plus limitée que celle des reflex.

Pour plus de détails relatifs aux différences entre reflex et hybrides je vous renvoie au dossier dédié de l’excellent site Les Numériques.

Canon qui se la pète (un peu à raison) avec son offre pléthorique d'objectifs

L'offre de Sony qui triche un peu puisque l'on y voit aussi des produits certes compatibles mais faits par d'autres fabricants, on n’aurait juste pas de place pour faire pareil avec Canon.

PHOTO

Là encore commençons par le robuste et éprouvé Canon 5D mark IV. Ce sera bref puisqu’il excelle en photographie. La rafale monte à 7 images par seconde, soutenue par un module autofocus emprunté au grand frère 1D X Mark II mais en plus sensible, et pour la première fois un processeur lui est spécialement dédié. Autant dire que ça dépote.

Le Sony alpha 7sII en revanche n’est pas à la hauteur pour au moins deux raisons. D’une part son capteur propose une résolution moindre (12 Mpix contre 30,4 Mpix pour le Canon), ce qui signifie une possibilité  d’impressions grand format ou de recadrage de photo beaucoup plus limitée, et d’autre part la rafale plafonne à 5 images par seconde, sans suivi autofocus contrairement au Canon. Ce la signifie que si le sujet se déplace, la mise au point ne suivra pas entre chaque photo. Délicat en situation sportive donc.

Pierre en train de filmer un plan d’ambiance, notez comme il se la raconte avec son écran qui permet bien plus de latitude dans les cadrages sans avoir à se rouler dans la neige (même si on aime ça).

VIDEO

Alors là le tableau n’est plus le même. Pourtant Canon aurait pu être le génial précurseur des réflex qui déchirent en vidéo puisqu’à ce jour ils sont les seuls à proposer une technologie (Dual Pixel) de mise au point sur réflex vraiment efficace en vidéo. Sauf qu’à part ça Canon limite de manière incompréhensible les performances de ses boitiers en vidéo.

La résolution 4K, oh y en a, mais avec un facteur de recadrage de 1,7 sur le capteur. Ça veut dire qu’il faut multiplier toutes les longueurs focales par 1,7, ce qui signifie perdre la facilité de faire des images en ultra grand angle. Autrement dit, en 4k, tout est plus zoomé, et à 4000€ le boitier autant dire que ça craint.

Autre détail qui tue, le codec. Pour faire court c’est l’algorithme de compression appliqué aux données. Alors qu’il existe des outils un peu modernes comme le H264 (sans même parler du H265 encore plus récent), Canon a froidement choisi d’utiliser un truc des années 90 qui rend les données 5 fois plus lourdes que chez d’autres marques, ce qui limite énormément la durée d’enregistrement. Autres points négatifs en vrac : on peut faire de beaux ralentis à 120 ips mais en 720p seulement (sooooo 2010), l’écran n’est pas orientable pour filmer à hauteur de ceinture ou plus bas, il n’y a pas d’outils comme le focus peaking, et la liste est longue.

Les choses se sont un peu améliorées avec l’arrivée du C-log qui permet une grande latitude de correction de l’image et Canon propose toujours une colorimétrie de qualité notamment pour le rendu de la peau, mais face à la concurrence on est largué.

niveau vidéo le Sony est très loin devant pour bien moins cher

La concurrence justement, le Sony alpa7sII en est peut être un des plus beaux représentants en matière de vidéo. Ce truc est une bête, tout simplement un des tout meilleurs de sa catégorie, voyez plutôt. Il fait de la très belle 4K sans recadrer sur le capteur, ses ralentis à 100 ips sont veloutés à souhait, il monte en sensibilité de manière ahurissante (de nombreuses choses ont été faites à la seule lumière de la pleine lune, essayez avec un Canon pour voir !), il est possible de filmer avec Zebra et Focus Peaking, le capteur est stabilisé, l’écran inclinable, ça ira ou je vous en mets encore ?

Bref, niveau vidéo le Sony est très loin devant pour bien moins cher (ainsi que d’autres comme le Panasonic GH5), ce qui explique pourquoi on le voit aussi souvent dans les petites équipes indépendantes. Et pour ceux qui chipotent sur la qualité des objectifs, il est possible d’y associer n’importe quel objectif Canon (ou autre) au moyen d’une bague d’interface Metabone Speed Booster qui permet non seulement de garder la fonction autofocus mais aussi de gagner en luminosité.

Autres fonctions

  • Ergonomie : Canon reste une marque dont les produits proposent globalement une ergonomie très bien pensée, intuitive et fonctionnelle. A l’opposé, la prise en main d’un Sony ressemble à une galère permanente ;
  • Batteries : là encore Canon reste nettement devant, il n’est pas rare que je n’utilise qu’une batterie même sur une grosse journée quand Pierre doit en permanence charger son boitier, sans parler des conditions d’hiver ;
  • Robustesse : Canon n’est pas réputé pour la résistance extrême aux intempéries de son matériel, il faut dire que leur communication est très confuse à ce sujet, mais pour le coup il faut reconnaître que l’association d’objectifs de la série pro (série L) et du boîtier 5D mark IV fait bien le boulot, je ne crains pas une pluie fine ou une chute de neige humide prolongée. Pierre à l’opposé ne cesse de râler sur les poussières omniprésentes sur son capteur de l’Alpha 7sII, le lien mécanique entre objectif et boitier n’étant quasiment pas protégé.

CONCLUSION

Comme vous le voyez les choses ne sont pas blanches ou noires et même à plus de 3000 € aucun boitier n’est parfait, chacun présente des avantages et des inconvénients, c’est à chacun de faire son choix selon son besoin (et son budget).

Je suis quand même d’avis que Canon se repose un peu sur ses lauriers et que si son hégémonie commerciale semble inaltérable au niveau mondial, d’autres pourraient rapidement se faire une place de choix dans le cœur de bien des professionnels à la recherche d’un outil polyvalent, robuste et performant. Au vu du dernier Alpha 9 de chez Sony ou du GH5 de chez Panasonic, on peut parier que les prochaines générations de boitier vont sérieusement remettre en cause les préférences des pros et de bien des amateurs éclairés.

Julien.

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